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La ville qui ne voulait pas disparaître
On le sait bien, chaque ville est singulière. Mais certaines le sont à l’évidence plus que d’autres. Beyrouth, elle, est un phénomène urbain unique en son genre. Littéralement habitée par son histoire, au fil des guerres et des occupations, elle a trouvé la force de résister à sa propre disparition. C’est face à la tour Murr, un immeuble criblé de balle devenu monument symbole de la guerre civil dans le quartier du port, que verra le jour 486 MINA EL HOSN, la « tour-miroir » conçue par l’agence LAN. Une tour- dont la conception est absolument inédite : l’enveloppe du bâtiment réfléchira la ville qui l’entoure. De partout on pourra la voir, et de partout le regard rebondira sur sa surface mobile pour se projeter aux environs, donnant à voir Beyrouth sous toutes ses facettes. On, l’a compris, derrière la technologie innovante, l’idée est forte : l’impressionnante silhouette de 486 MINA EL HOSN, transperçant le skyline, permettra une sorte de reconstitution mouvante et poétique de la ville par le regard. Une manière de faire de Beyrouth, de sa lumière, de la diversité de ses quartiers et de ses cultures, la matière même de la tour. Le risque était de construire un nouveau monument, prisonnier de la mémoire écrasante de la ville. La tour restitue certes la diversité d’histoires et de cultures qui fit - et fait toujours - la ville. Mais le bâtiment est « vivant », animé, changeant. Son enveloppe s’inscrit dans la réalité charnelle de la ville : elle lui redonne un corps, réfléchit ses facettes à l’infini. Par là, elle ouvre un espace invisible, celui de la parole retrouvée sur soi-même. Elle s’efface presque pour devenir l’un des principes actifs de la réconciliation de Beyrouth avec elle-même
Analyse Identification d’une ville Qu’est ce qu’une ville ? Quand on parle de Beyrouth, il faut partir non pas d’un contexte, mais d’une multiplicité de contextes
Au départ, il y a le multiple, la pluralité, la division évidemment, inscrite dans la chair même de la ville. Au fil des années, Beyrouth a métabolisé dans sa structure urbaine les communautés qui font la vie exceptionnelle et tumultueuse du Liban, donnant à tous une géographie et à chacun un territoire. Autant de modes de vie, autant de cultures, autant d’architectures. Quiconque traverse la ville du Nord au Sud, de l’Est à l’ouest, peut respirer le parfum de cet assemblage unique. À un kilomètre de distance, on a parfois l’impression d’être à chacune des extrémités du monde.
Le Liban reconnaît officiellement 18 confessions religieuses : Alaouites, Arméniens apostoliques et Arméniens catholiques, Assyriens, Catholiques de rite latin, Chaldéens, Chiites, Coptes, Druzes, Gréco-orthodoxes, Gréco-catholiques (Melkites), Ismaéliens, Juifs, Maronites, Protestants, Sunnites, Syriaques-orthodoxes, Syriaques-catholiques.
Le concept Du privé au public, du vertical à l’horizontal
C’est dans un territoire à proximité du port et du quartier Solidere, bordé des rues Fakhreddine et Omar Daouk, que s’inscrit le projet 486 MINA EL HOSN. Dans cet espace déjà occupé par des immeubles de grande hauteur, il ne s’agissait pas de construire une tour de plus, mais bien plutôt d’agencer un nouvel espace urbain, combinant habitat privé et circulation publique, verticalité et horizontalité.
Le projet 486 MINA EL HOSN est constitué de trois éléments :
- La Tour proprement dite est l’élément central, le plus visible, du projet. Le design inédit de son enveloppe-miroir permet de renvoyer le regard vers la ville et de restituer son identité multiforme.
- La Base de la tour offre aux habitants un espace public qui travaille sur l’horizontalité, la circulation, la rencontre, à une échelle humaine : galerie marchande, parc public en toiture, venelles, etc.
- Les Blocks, au nombre de cinq, sont des espaces résidentiels intermédiaires, imaginés sur le modèle de la maison orientale. Assurant l’interface avec les deux autres éléments du projet, elle travaille avant tout la dichotomie extérieur/intérieur.
La Tour De l’autre côté du miroir//Réinventer la ville par le regard Dispositif central du projet, la tour permet de réinventer visuellement la ville.
La tour constitue l’élément central de 486 MINA EL HOSN. Son insertion dans un quartier déjà peuplé de tours, chargé d’histoire et de symboles, conduisait à une réflexion poussée sur le sens du projet. Il fallait notamment construire le dialogue avec la tour Murr, vestige monumental de la guerre civile et lieu de mémoire de la ville. Mais il s’agissait d’aller plus loin. Il s’agissait de sortir l’objet de son territoire physique proche, d’inscrire la tour dans un environnement large qui intègre toute la ville, sans pour autant jouer la carte du gigantisme. D’où l’idée fondamentale de « méta-territoire » qui conduisait à concevoir l’enveloppe de la tour comme un dispositif de réinvention visuelle de la ville, de reconnexion par le regard des éléments urbains au-delà de leur proximité physique ou matérielle. Le résultat est un objet immatériel, changeant, une architecture faite de légèreté, de vitrage et d'acier finement tramé. Une architecture dont le jeu consiste à estomper les limites tangibles du bâtiment en rendant superflue la lecture d'un volume solide dans une poétique du flou et de l'évanescence. Ville historiquement marquée par la division, Beyrouth peut alors regarder la tour comme dans un miroir animé et, par là, réfléchir son histoire et sa géographie vivante et tourmentée.
Les 30 000 facettes de Beyrouth L’enveloppe de la tour permet de compose un voyage insolite dans la ville
Le choix de quatorze points réflecteurs permet de composer un voyage au cœur de la ville au gré des saisons et des changements de lumière. Déambuler autour de la tour devient alors une véritable expérience urbaine, une promenade à travers les diversités et les richesses de la Beyrouth, déroulant un fil narratif, à travers des séquences agencées de manière quasi cinématographique.
Intérieur, extérieur : l’effacement des limites
Le bâtiment, d’une hauteur de 142 mètres, se structure autour d’un volume en forme de croix, enveloppé dans une protection solaire à base carré de 25x25m. Les façades du volume au cœur de la tour sont en béton noir, et le dessin des ouvertures suit la logique fonctionnelle des logements. La peau extérieure est constituée par des panneaux coulissant en tôle d’acier perforé et poli miroir qui servent à la fois pour réfléchir, protéger, et faire pénétrer le regard. Le regard rebondit vers les autres points de la ville mais il peut donc aussi pénétrer à l’intérieur. Le plan en croix permet en effet de vider les angles et d’apporter légèreté et évanescence à la tour. Les limites s’effacent et seul le noyau prend corps. Selon les jeux des éclairages naturels et les angles de vue de l’observateur la tour se réinvente physiquement au gré de la lumière et des regards portés sur elle.
La Fondation Bankmed occupera les six premiers niveaux de la tour, avec un accès depuis la rue. Le hall d’entrée des logements est imbriqué, en double hauteur, permettant un accès depuis la rue intérieure du socle. Un niveau technique sépare la fondation des étages de logement. Les surfaces des 20 logements (duplex et triplex) varient de 750 à 1200 m². Un ascenseur permet d’accéder directement à l’intérieur de l’appartement. L’entrée se fait par une pièce nommé « lobby », créant un filtre entre l’espace public et l’espace privatif. Le principe de distribution est constitué d’un séjour principal de 85 m² environ sur une partie entière de la croix, un séjour plus intime fonctionnant comme un cabinet de lecture, contigu à la « family room », pièce plus intime. Enfin la salle à manger se trouve à l’opposé du séjour, proche des espaces servants. Chaque appartement dispose de deux terrasses, dans la continuité de la salle à manger et du séjour. Pour les rendre possibles, les angles de la tour ont été vidés, donnant à l'ensemble plus de légèreté. Ces terrasses en triple hauteur dégagent un maximum de vue sur la ville, la mer et le ciel. Chaque niveau se caractérise par une grande flexibilité et une circulation autour du noyau : un système de cloisons amovibles, et de portes coulissantes permet d’ouvrir en totalité les espaces extérieurs et démultiplient par le regard la surface de l’appartement.
Technologie de la tour
La surface du projet recouvre quatre façades d’une hauteur 140 mètres et d’une largeur de 25 mètres. L’objectif était d’orienter de manière spécifique plus de 30 000 facettes de dimension constante pour permettre de réfléchir sur la tour certains monuments ou quartiers remarquables de Beyrouth et que lesdites réflexions soient rendues visibles depuis des points de vue précisément définis dans la ville. Les autres facettes restantes sont orientées pour définir des transitions douces entre les images précédemment constituées. Lorsqu’un rayon lumineux rencontre une surface réfléchissante, il est réfléchi en fonction de son angle d’impact par rapport à la normale de cette surface. Le principe de la façade réfléchissante consiste à définir globalement l’orientation de chacune des facettes de la surface du cylindre en fonction de la réflexion souhaitée. En collaboration avec des spécialistes dans le domaine, nous avons mis au point un outil 3D automatisé permettant de générer différentes instances de façade en effectuant à souhait les modifications de points de vue, de zone à réfléchir ainsi que la position de ces images réfléchies sur la tour.
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